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Lundi 10 Decembre 2018
Du vendredi 14 mars au dimanche 31 août 200
UNE PASSION MAROCAINE
Une passion marocaine,
Caftans, broderies, bijoux
Sous le haut patronage de S.M. le Roi Mohammed VI du Maroc
Commissaire général de l’exposition, Rachida Alaoui
Scénographie de l'exposition, Christophe Martin

Pour sa 8ème exposition, La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent a choisi de présenter une passion marocaine. 36 caftans allant du XVIIIe au XXe siècle, ainsi que des broderies et des bijoux attestent de la qualité de l’art marocain. Ces objets sont présentés dans une reconstitution du célèbre jardin Majorelle de Marrakech et montrent la richesse et l’importance de ce patrimoine.

Une passion marocaine, par Pierre Bergé
Lorsque nous sommes arrivés à Marrakech pour la première fois en 1966, Yves Saint Laurent et moi, nous ne savions pas que cette ville allait jouer un rôle aussi important dans notre vie, que nous y achèterions trois maisons dont celle de Majorelle avec son célèbre jardin, ni que le Maroc allait devenir notre pays d’adoption, notre deuxième patrie. C’est avec beaucoup d’émotion et, disons-le, de fierté que nous présentons cette exposition de caftans, de bijoux et de broderies. Tous ces objets sont d’une qualité rare et le visiteur ira ainsi à la rencontre de la culture marocaine et d’un art toujours vivant. Dans un entretien qu’il a accordé au journal français Paris Match le 2 décembre 1983, Yves Saint Laurent dit l’importance du Maroc dans sa création : « Bien qu’habitué à la lumière et aux couleurs de l’Afrique du Nord – Yves Saint Laurent est né à Oran en Algérie – c’est plus tard, lorsque je découvris le Maroc, que je compris que mon propre chromatisme était celui des zelliges, des zouacs, des jellabas et des caftans. Les audaces qui sont depuis les miennes, je les dois à ce pays, à la violence des accords, à l’insolence des mélanges, à l’ardeur des inventions. Cette culture est devenue la mienne, mais je ne me suis pas contenté de l’importer, je l’ai annexée, transformée, adaptée. » On comprend mieux, après ces mots, pourquoi cette exposition trouve sa place dans notre Fondation. En effet, Saint Laurent revendique haut et fort l’influence du Maroc sur sa création. La richesse vestimentaire de ce pays ne lui a pas échappé. Il a su s’approprier les lignes de la jellaba pour créer de somptueuses robes fluides, s’inspirer du jabador, du burnous et du tarbouch masculins pour construire des silhouettes bien à lui, transformer le burnous en une cape rose, concevoir un caftan dans la tonalité immaculée du haïk. Ce créateur a dérobé au Maroc ses costumes ancestraux pour en tirer la quintessence, au ciel de Marrakech ses couleurs et sa lumière pour en exalter l’harmonie.

Dans cette exposition, nous avons voulu montrer que les Marocains pouvaient être fidèles à leur passé tout en regardant le présent. C’est ainsi que nous montrons quelques vêtements de Tamy Tazi, couturière de grand talent, qui a su d’une façon moderne s’inspirer du patrimoine de son pays.
Yves Saint Laurent, marocain de coeur a lui aussi su s’inspirer dans les quelques modèles que nous présentons de l’art et de la culture de ce pays. Je tiens à remercier Nour et Boubker Temli, qui généreusement ont mis à notre disposition leur prestigieuse collection de caftans. Merci à Pierre et Sarah Pinson de nous avoir prêté leurs si précieux bijoux. Qui, mieux que Tahar Ben Jelloun, pouvait parler du Maroc et de ses tenues traditionnelles ? Merci à ce grand écrivain marocain de langue française de nous avoir apporté la caution de sa renommée.

Merci à Rachida Alaoui d’avoir accepté d’être le commissaire général de cette exposition et de nous avoir fait profiter de sa connaissance unique de la mode marocaine depuis son origine jusqu’à nos jours. Merci enfin à Christophe Martin qui, une fois de plus, a donné vie à cette exposition grâce à sa scénographie.

Puisse la réunion de ces caftans, broderies et bijoux vous faire connaître et aimer davantage le Maroc et partager notre passion marocaine. Histoire du caftan, Par Rachida Alaoui D’origine persane, le caftan (prononcer caftane) est une tunique longue et large, sans col, à manches longues, composée de plusieurs lés, qui lui donnent plus ou moins d’ampleur. Il est porté aussi bien par les hommes que par les femmes. Entièrement ouvert sur le devant, il est garni d’une ganse de soie tressée (sfifa), fermé d’une rangée de boutons (âakad) et de ses brides (âayoun). Ce caftan est appelé aïn ou ouqda (« oeil et boutons »). Ses broderies sont de soie d’or ou d’argent, de pierreries ou de passementerie. Elles ornent le plastron, les épaules et le bas des manches.

Les premiers textes marocains mentionnant le caftan dateraient du XVIe siècle. Déjà porté par les Parthes et les Perses, le caftan aurait été introduit dans l’Orient musulman sous les Abbassides. L’émir Abd al Rahman II (822-852) – petit-fils de Abd al Rahman Ier, qui gagna l’Andalousie où il constitua un émirat indépendant au IXe siècle –, épris de culture, accueillit l’artiste Zyriab, venu de Bagdad. Ce dernier fit découvrir aux Andalous le raffinement de l’Orient musulman ainsi que les modes musicaux, les arts culinaire et vestimentaire. Il leur montra ce qu’il fallait porter en fonction des saisons : du blanc et des toiles légères l’été, des habits doublés et foncés l’hiver.

Au début du XIIe siècle, l’Andalousie – gouvernée par les dynasties berbères – affirme une sensibilité artistique propre, de nouveaux goûts et de nouvelles aspirations qui permettent à son art et à son artisanat de rayonner dans toute la Méditerranée. Son influence s’exerce de façon continue dans les villes marocaines dites hadaria (« citadines ») : Fès, Rabat, Salé et Tétouan. En 1492, la reconquête chrétienne s’achève par la prise de Grenade, dernier royaume musulman resté aux mains des sultans nasrides (1238-1492). Malgré leurs promesses, les Rois catholiques ordonnent l’expulsion des musulmans et des juifs. Aux XVIe et XVIIe siècles, des flots d’exilés arrivent ainsi au Maroc. Ils feront connaître aux villes du Nord les dernières techniques de tissage de la soie et achèveront de propager leurs modes vestimentaires.

Le caftan de Tétouan
Dans cette ville du nord de tradition andalouse, proche des montagnes, les femmes confectionnent le caftan dans un velours épais et chaud, adapté au climat. Elles ne revêtent ce vêtement de mariage et d’apparat que pour les fêtes et les grandes occasions. La coupe est particulièrement évasée, tant au niveau du corps que des manches. Entièrement ouvert sur le devant, il est garni de soutaches (galon fin et sobre) et de passementerie au fil d’or. Il a la particularité d’avoir des boutonnières des deux côtés, ce qui permet de mettre en valeur le gilet du dessous. La broderie en passementerie (cordonnets de soie ou de fils métalliques réalisés exclusivement par les hommes et cousus sur le vêtement) est associée à un large galon façonné de soie et de fils d’or qui souligne l’encolure, les épaules et le devant du caftan.

Le caftan de Fès
Fès, ville ancienne et aristocratique, en relation constante avec les villes andalouses, impose son goût en matière de modes citadines. Elle était encore, dans les années cinquante, la référence en ce qui concerne les couleurs, les coupes et les matières. Le caftan de Fès présente une coupe plus droite et des manches moins larges. Commandé lui aussi pour le mariage, il ressort à chaque grande occasion. Il est taillé dans du brocart, de la soie naturelle, de la soie brochée ou du velours. Des broderies au fil d’or ou d’argent y dessinent toute une poésie de formes et d’arabesques jetées sur le plastron, l’encolure, les manches et les épaules.

Le caftan de Rabat et Salé
Le caftan de Rabat et de Salé : Le caftan de mariage de Rabat et de Salé obéit à un code d’ornementation différent de ceux de Fès ou de Tétouan. En effet, ils est souvent en velours et d’une sobriété chromatique, une seule couleur : rouge, violet out vert ; orné de galons tissés or et d’un décor arborescent.

Le caftan masculin
En règle générale, le caftan masculin se caractérise par ses couleurs sobres et ses lignes simples. Il est taillé dans un drap uni, fermé de petits boutons et de petites boutonnières en fils de soie, gansé d’une tresse (sfifa) ton sur ton. Ce vêtement était porté par les lettrés, les notables et les mokhaznis (serviteurs du sultan). Sous l’influence européenne, sa coupe s’est simplifiée et les manches sont devenues moins larges. Jusqu’au début du xxe siècle, une tunique en coton et en lin appelée farajiya se portait sur le caftan, resserrée à la taille par une ceinture mdemma, bande de cuir d’environ cinq centimètres de largeur brodée d’une soie monochrome. Pour de grandes occasions, les caftans masculins s’enrichissent de broderies somptueuses au fil d’or, un travail d’aiguille digne de grands brodeurs.

La ceinture d’apparat tissée : hzam sqalli
C’est une haute ceinture de lamé, rigide, portée à Fès par les femmes. Elle est fabriquée sur un métier à la tire appelé mromma d-zerdkhan (« métier de tissu de soie »). Elle est tissée sur deux nappes de chaînes et comporte autant de trames que de couleurs. Des motifs variés empruntés à l’art hispano-mauresque ainsi qu’à l’Orient comme des éléments géométriques, des arabesques, des thèmes végétaux, viennent enrichir ce travail. Les deux extrémités de la ceinture se terminent par un porte-bonheur appelé selloum (« échelle »), constitué d’une khamsa (main de Fatma) et de la kahtem Slimaniya (« étoile à huit branches »). Aux xvie et xviie siècles, elle était courte, souple et simplement décorée.

Les ceintures de Tétouan diffèrent de celles de Fès. Aux xixe et xxe siècles, elles pouvaient atteindre une largeur de quarante à cinquante centimètres et mesurer plus de trois mètres de longueur, sans compter les franges tressées et pailletées (hdoub). Seules les femmes de la haute bourgeoisie (makhzen) avaient le droit de les porter sans les plier. Au xxe siècle, les femmes de Fès abandonnèrent leur ceinture, trop contraignante par sa rigidité. Mais Fès continua à les tisser pour les femmes de Tétouan, qui avaient gardé leur tradition. Le hzam fut délaissé au profit de la mdemma (ceinture d’inspiration masculine).

Les broderies d’or et d’argent : terz d-sqalli
Ces étoffes de luxe nécessitaient l’emploi de nombreux fils métalliques. À Fès et à Tétouan, jusqu’au début du xxe siècle, la fabrication du fil d’or était réalisée par les juifs du mellah. La technique consistait à teindre d’abord en orange la soie de qualité supérieure et en blanc celle de qualité moindre, puis on procédait au tréfilage, au laminage et au filage. Ce travail du fil d’or et d’argent resta artisanal à Fès jusqu’en 1930 et se mécanisa par la suite. Puis cette industrie locale fut à son tour supplantée par les importations européennes. Les lames d’or et d’argent étaient achetées en France et la soie arrivait de Lyon, déjà prête. Le fil de soie orange, doré de cuivre, était importé d’Italie. Les brodeurs et les maîtres tailleurs étaient reconnus pour leur talent.

Bijoux
La toilette de la femme marocaine ne saurait être complète sans les bijoux. Elle les porte sans réserve, mêlés à quelques talismans indispensables. Ils sont offerts par les parents ou le futur époux à la jeune femme, à l’occasion des fiançailles ou du mariage. Ils parent généreusement sa tête, son front, sa poitrine, ses mains, ses bras, ses chevilles et ses pieds. Il existe deux types de bijoux : le bijou rural en argent et le bijou citadin en or.

Tradition et innovation Le Maroc, par son style de vie, a su préserver son identité tout en s’ouvrant au monde. À cet égard, l’évolution du caftan est significative. Réactualisé, ce vêtement a donné un regain de popularité au costume traditionnel. Aujourd’hui, il fait renaître bien des branches de l’artisanat et représente un poids économique important. Avec ses potentialités bien explorées, le Maroc peut jouer un rôle original dans l’industrie du textile et du vêtement, domaines complémentaires où l’osmose entre la tradition et l’innovation constitue un véritable moteur de création contemporaine.

Une passion marocaine, Caftans, broderies, bijoux

Commissariat de l’exposition
Rachida Alaoui, historienne de l’art vivant à Paris, s’est spécialisée depuis 1999 dans l’histoire du costume arabe et musulman. Elle est l’auteur de plusieurs articles et textes. Elle a publié, en 2003, Costumes et parures du Maroc aux éditions ACR. Scénographie
Christophe Martin est architecte à Paris. Spécialisé en scénographie, il collabore régulièrement avec le metteur en scène Bob Wilson, dessine des appartements et intervient dans de nombreux domaines artistiques. Depuis 2005, il a conçu cinq expositions pour la Fondation Pierre Bergé- Yves Saint Laurent.

Collection de Nour et Boubker Temli
La Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, en projetant et en organisant une exposition sur le thème des caftans marocains, souhaite souligner sa passion pour le Maroc et ses arts. Elle présente aujourd’hui une collection prestigieuse de caftans, de broderies et de parures, certains très anciens, datant du XVIIIe siècle, d’autres plus récents. Ces pièces exposées pour la première fois sont d’une grande beauté, dignes de figurer dans un musée. La collection a été réunie par Nour et Boubker Temli qui président, depuis des années déjà, aux destinées de la galerie Tindouf à Tanger. Par leur curiosité et leur quête inlassable du bel objet, ils ont su collecter des objets d’art qui témoignent de la richesse et de la variété du patrimoine marocain.

du mardi au dimanche, sauf le lundi
de 11h00 à 18h00 (dernière entrée à 17h30)
Métro - ligne 9, Alma Marceau
Bus 42 - 63 - 80 - 92 -72
Accès handicapés
Parking avenue George V
Tarifs :
Plein tarif : 5 €
Tarif réduit : 3 € (étudiants - moins de 25 ans - carte sénior - Amis des Musées)
Tarif groupe : 3 € (à partir de 10 personnes)
Gratuit (pour les moins de 10 ans, demandeur d'emploi) Renseignements :
+33 1 44 31 64 31
http://www.fondation-pb-ysl.net

Catalogue de l’exposition : Connaissance des Arts – hors série N° 353

Parution le 5 mars 2008


LA FONDATION BERGE 5, avenue Marceau - 75116 Paris (entrée par le 3, rue Léonce Reynaud)


Telephonearabe 2005-2014